M6 : l’intelligence artificielle dans les médias

Pour la rentrée, je suis allé rencontrer Frédéric Grimaud, responsable du Lab Innovation du Groupe M6, pour qu’il nous parle de la place de l’intelligence artificielle dans les médias. Au programme : indexation, prédiction, Loft Story, Tatoo et retours d’expérience !

Portrait de Frédéric Grimaud pour parler de l'intelligence artificielle dans les médias.
Frédéric Grimaud, Responsable Lab Innovation au sein du groupe M6.

Présentation et parcours

Merci Fred de me recevoir aujourd’hui au sein de vos locaux chez M6. Tu nous parles de toi et de ton parcours ?

Salut Hugo. J’ai 41 ans, je suis Responsable du Lab Innovation au sein de la Direction Digitale, Innovation et Technologies du Groupe M6. Le Lab Innovation est une structure qui a 4 principaux objectifs : assurer une veille technologique, accompagner les équipes d’un point de vue méthodologique – notamment via le Design Thinking –,  prototyper des produits / services et acculturer les collaborateurs, notamment via un espace de démonstration que nous gérons en interne.

J’ai intégré le Groupe M6 en 1999 à la fin de mes études en télécoms et multimédia. J’ai commencé par gérer des projets internet puis j’ai enchainé avec le lancement du SMS surtaxé qui permettait de jouer et d’interagir dans les émissions TV.

M6 était à l’origine de ce nouveau canal interactif ?

Ce canal existait déjà à l’étranger, notamment dans les pays nordiques. On a souhaité le mettre en place sur l’émission Loft Story. On était dans les années 2000 – 2001, cela coïncidait avec le début de l’équipement généralisé des portables. L’engouement a été rapide. On a alors développé des plateformes permettant de gérer les SMS sur plusieurs émissions et plusieurs chaînes du Groupe et travailler avec les opérateurs mobiles pour être en mesure d’absorber de très gros pics de trafic. J’ai par ailleurs participé au développement de différents projets d’innovation autour de l’interactivité sur les box opérateurs, les applications mobiles, les réseaux sociaux, etc…

Et après ?

Ensuite, j’ai fait de la gestion de portefeuille de projets (PMO), du management de la qualité puis j’ai participé à la création du Lab Innovation et de notre espace de démonstration.

Photo du potager de chez M6, dans les locaux de Neuilly-sur-Seine.
Bienvenue dans le potager de chez M6 !

Et pour en venir à l’intelligence artificielle ?

Il y a 3 ans, j’ai souhaité reprendre des études et j’ai suivi un MBA en Management des Entreprises à la Sorbonne. Je sentais depuis un moment que l’intelligence artificielle allait changer beaucoup de choses dans les années à venir et j’ai fait mon mémoire de fin d’année sur le thème « I.A. : opportunités et enjeux pour le management d’entreprises ». C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, même si je n’ai pas de connaissances techniques à proprement parler dans le domaine.

Concrètement, on parle de quoi quand on évoque l’intelligence artificielle appliquée au management ?

Le Management d’Entreprise recouvre toutes les fonctions nécessaires au fonctionnement d’une entreprise : gestion, marketing, finance, RH, supply chain, etc. Il s’agissait pour moi de voir quelles étaient les opportunités et les enjeux de l’intelligence artificielle dans chacun de ces domaines. Et ce que j’ai rapidement constaté, c’est que l’I.A. est déjà partout ! À des degrés divers de perfectionnement selon les domaines (et selon la définition qu’on lui donne), mais l’I.A. est déjà omniprésente.

La traduction automatisée par exemple fait appel à diverses briques d’I.A. La recommandation de contenu aussi. Les chatbots requièrent de l’I.A. Le e-commerce également. À titre d’exemple, grâce à des algorithmes, Amazon sait avant nous ce que nous allons acheter et rapproche ainsi le produit de l’entrepôt le plus proche de notre domicile avant même que nous l’ayons commandé pour le livrer plus rapidement. Bref, on est entouré de briques d’I.A. dans notre quotidien, qui évoluent en permanence et qui sont de plus en plus perfectionnées et rapides.

« Cette I.A. a produit automatiquement la bande-annonce d’un film ». Or, aujourd’hui, c’est du marketing. C’est loin d’être aussi simple et loin d’être industrialisé.

Ce qui m’intéresse, c’est d’essayer de faire le tri entre ce que permet réellement de faire l’intelligence artificielle et ce qui relève de l’utopie. Dans notre secteur qu’est la télévision, on a pu voir des effets d’annonce du genre « Cette I.A. a produit automatiquement la bande-annonce d’un film ». Or, aujourd’hui, c’est du marketing. C’est loin d’être aussi simple et loin d’être industrialisé.

Au-delà de l’aspect technologique, ce qui m’intéresse également dans l’intelligence artificielle, ce sont ses impacts indirects : son impact sur le travail, sur le droit, sur l’écologie, sur la création. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste technique du domaine, mais je suis curieux de comprendre par exemple ce qu’implique l’I.A. en terme de responsabilité juridique, de droit d’auteur, …

Tu nous partages tes impressions sur les solutions que tu as pu tester ?

J’ai effectivement pu tester diverses solutions, que ce soit pour de la transcription, de la composition de musique, de la synthèse vocale, … Certaines répondent à de vraies problématiques. Mais on est encore souvent très loin de certaines promesses marketing. L’intelligence artificielle, ce n’est pas de la magie !

Beaucoup d’entreprises ou de start-up mettent en avant l’I.A. Le terme I.A. est « tendance », beaucoup trop utilisé comme accroche marketing. Or, le sujet n’est pas « je veux faire de l’I.A. », mais « quel problème dois-je résoudre ? » Et la solution à ce problème sera peut-être l’I.A… ou peut-être une autre solution technique, voire humaine.

Car l’intelligence artificielle n’est pas une solution en soi, c’est un ensemble de briques technologiques qui peuvent être utilisées ensemble ou indépendamment : reconnaissance visuelle, synthèse vocale, transcription, … Encore faut-il utiliser la bonne brique ou le bon ensemble de briques pour résoudre la problématique. Dans ma position, tout le sujet c’est justement d’expliquer aux collaborateurs que l’intelligence artificielle, ce n’est pas une baguette magique, qu’on ne peut pas tout faire avec.

Enfin, l’intelligence artificielle a un coût (infrastructures, compétences,…) et des impacts (écologiques, humains,…) qu’il faut prendre en compte en amont, d’autant plus s’il faut l’intégrer dans un workflow existant. Il y a donc comme pour tout projet un TCO à estimer en amont pour s’assurer qu’il existera bien un R.O.I à terme. En résumé, il ne faut pas faire de l’I.A. juste pour dire que l’on fait de l’I.A.

Les débuts avec l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle, la première fois que tu en as entendu parler, c’était autour de quels sujets ?

Quand j’étais étudiant, je m’étais intéressé de près à la génération automatique de texte dans le cadre d’un projet de fin d’année. En m’inspirant notamment de travaux du groupe littéraire OuLiPo, j’avais développé un petit générateur qui composait des « phrases » et émettait des phonèmes. Pas encore de l’I.A., mais ça m’intéressait d’essayer de voir comment un ordinateur pouvait produire du contenu de manière autonome. J’ai testé également les systèmes de dictée vocale sur mon 1er PC ! Il fallait des heures et des heures d’apprentissage à l’ordinateur pour qu’il reconnaisse ma voix mais je trouvais ça passionnant. Je m’intéressais également beaucoup – et c’est le cas encore aujourd’hui – à la création automatisée par ordinateur, qu’il s’agisse de création visuelle ou musicale.

Quand je vois à quelle vitesse les algorithmes sont aujourd’hui capables de retranscrire un texte voire de rédiger une argumentation, c’est bluffant. Et que dire de ces algorithmes capables de « créer » des tableaux ou de « composer » des mélodies plus ou moins harmonieuses !

Portrait peint réalisé par une intelligence artificielle.
Edmond de Belamy par le collectif « Obvious », tableau peint par une I.A. !

Au départ, c’est le côté artistique qui t’a finalement le plus interpellé !

Oui, parce que c’est le sujet que je trouvais le plus intrigant : comment une I.A. peut arriver à être créative. Quand on parle d’informatique, de tâches, de saisie, on s’imagine assez facilement le process et comment l’automatiser. Mais quand ça touche au côté créatif – qu’il s’agisse de texte, d’image ou de son – , c’est beaucoup moins palpable ! Jusqu’où pourrons-nous aller sur ces sujets artistiques, je me pose encore la question…

Automatisation et intelligence artificielle

Le sujet techno que tu trouves le plus excitant et avec le plus de potentiel pour les années à venir ?

Celui qui a le plus de potentiel, c’est l’association de l’intelligence artificielle avec la robotisation des process. Ce que l’on appelle le RPA pour Robotic Process Automation permet – grâce à un robot – d’automatiser des tâches répétitives. Si on associe des briques d’intelligence artificielle à ce robot, on ouvre le champ des possibles.

Le robot Pepper et son intelligence artificielle.
Le robot Pepper, sans doute en train de se poser des questions à propos de son utilité réelle.

Qu’est-ce que tu entends par robot, un robot avec un corps de robot ou plutôt un script ?

Ce qu’on appelle « robot », c’est un gros script, une méga macro comme on peut avoir sur Excel, qui va se mettre à la place de l’utilisateur, faire les mêmes actions que lui avec son clavier/souris, mais opérer beaucoup plus rapidement. On peut par exemple automatiser des tâches de re-saisie d’un logiciel à un autre. C’est peu intéressant pour un humain, et on a un risque élevé d’erreur lorsque c’est une personne qui le fait. Là où le robot répond bien à la demande, c’est qu’il recopie plus rapidement et ne fait aucune erreur. Forcément dans ce cas précis, le R.O.I. est palpable.

Si on y associe de l’intelligence artificielle, le robot devient intelligent ! En comptabilité par exemple, on peut disposer d’un robot qui va envoyer un mail à une personne à la réception d’une facture, renommer la facture, la classer dans un dossier, … On peut y ajouter une brique de reconnaissance visuelle qui va détecter automatiquement sur la facture le nom du fournisseur, le montant et le recopier dans un autre fichier. On a effectué des tests qui démontrent l’intérêt du RPA dans certains cas d’usage.

« Là où le robot répond bien à la demande, c’est qu’il recopie plus rapidement (x5 comparé à un humain), et surtout qu’il ne fait pas d’erreur »

Les assistants vocaux

Autour des assistants vocaux, il y a un vrai travail de votre côté ; avec une volonté de se développer sur ces sujets ?

Dans le cas des assistants vocaux, l’utilisation de l’intelligence artificielle est transparente pour nous puisque ce sont les GAFA qui gèrent tout. De notre côté, nous proposons l’accès à nos différentes radios, tant en live qu’en replay / podcast (NDLR : le groupe M6 a racheté les radios RTL, RTL2 et FunRadio il y a quelques mois). On observe aussi le développement des assistants vocaux avec écran, les smart display. La problématique est de voir comment on arrive à mixer le vocal et le tactile pour proposer une expérience propre et différenciante, sans savoir si ces nouveaux devices vont vraiment trouver leur usage dans notre quotidien. Mais en tout cas on teste.

Une enceinte Google Home boosté à l'intelligence artificielle posée sur une table.
Les enceintes connectées, nouveau canal à adresser pour les radios du groupe M6 (RTL, RTL2 et FunRadio)

Google Home : j’en ai un à la maison et je m’en sers majoritairement pour écouter la radio et contrôler mes lumières, mais la météo assez peu. Clairement parmi mes proches, je suis un des plus geek si ce n’est le plus, et je n’ai pas un usage très poussé du device. Alors concernant le grand public, c’est vrai que j’ai du mal à imaginer un usage massif.

Pour l’usage, c’est surtout la météo, la radio / musique et la domotique, mais c’est vrai qu’il n’y a pas de « killer app ». Surtout, ces nouveaux devices restent imparfaits. Même s’ils s’améliorent constamment puisqu’ils reposent sur de l’I.A., ils sont encore loin d’avoir réponse à tout et on s’arrache parfois les cheveux lors de nos tests !

Les projets d’intelligence artificielle chez M6

Si tu devais nous donner un aperçu macro des grands champs d’application actuels de l’intelligence artificielle dans l’activité du groupe M6.

En terme macro, je dirais qu’il y a 4 grands champs d’application :
– l’indexation de contenus
– la prédiction
– le vocal avec les assistants vocaux, si tant est que l’on puisse parler d’I.A.
– à horizon plus lointain, la génération de contenus

Peux-tu nous parler de sujets autour de l’intelligence artificielle chez M6 ?

Pour une chaîne de TV et plus globalement pour n’importe quel producteur de contenu, le sujet de l’indexation des contenus est primordial. Car plus le temps avance, plus on stocke de contenus et plus il est important de pouvoir retrouver facilement et rapidement le contenu que l’on souhaite, et donc d’y associer des meta-data. On a beau avoir plusieurs documentalistes pour l’archivage, c’est matériellement impossible de décrire chaque image avec précision alors que l’I.A. peut pour chaque image renseigner le personnage présent, l’action qui se déroule, retranscrire une phrase affichée en arrière-plan, indiquer un changement de plan, retranscrire voire traduire tout le dialogue, voire détecter des personnages que l’œil humain n’aurait pas vu dans une foule…

L’autre grand sujet, c’est la prédiction. Comment est-ce que j’arrive à prédire que si je mets tel programme à tel endroit il va faire telle audience, est-ce que j’arrive à prédire que tel reportage dans telle émission est plus pertinent qu’un autre. Là, on touche vraiment à notre cœur de métier. Mais les facteurs qui influent sur un programme sont nombreux : la concurrence TV bien évidemment mais également la concurrence de plateformes vidéos, la météo, la période de diffusion (vacances), le nombre de rediffusions, etc. Encore une fois, c’est loin d’être magique !

Il y a pourtant des sites que l’on peut qualifier de « putaclic » qui se servent de l’I.A. pour déceler des signaux faibles et faire de la prédiction sur ces sujets.

Effectivement, autour de tendances ou de sujets qui peuvent émerger sur les réseaux sociaux par exemple. Ce sont des solutions que l’on regarde, mais qu’il faut encore approfondir, ça reste des solutions qui peuvent aider à la décision avec une certaine incertitude qu’il faut prendre en compte.

Photo d'une régie prise chez M6.
Plein de boutons et plein d’écrans chez M6.

Pour aller plus loin maintenant, est-ce que tu peux me parler de projets menés chez M6 ces derniers mois et utilisant a minima une brique d’intelligence artificielle.

Typiquement dans l’indexation de contenu, on travaille avec la startup NewsBridge, avec qui on a fait des POCs et le fruit de ce travail est maintenant implémenté dans notre workflow. Les vidéos sont traitées dans ce logiciel pour faire à la fois la transcription de la parole vers le texte, la traduction si nécessaire, et repérer les personnes à l’image pour les classifier. Grâce à cette solution, on va par exemple retrouver facilement toutes les vidéos avec tel ou tel candidat d’une émission, définir des mots-clés pour celle diffusée, et intégrer ensuite tout ça dans notre base de données. C’est un bon exemple de gros projet d’I.A. bien mené, mis en production et qui apporte une vraie valeur.

Cyril Lignac cuisine une intelligence artificielle.
« Hmmm, parfaitement réussie cette I.A. »

Autre sujet, autour de la traduction / transcription. On fait appel à de petites briques d’intelligence qu’on va utiliser au cas par cas. On a vu notamment une société qui s’appelle Triint qui permet de faire ça qui a été montée par un ancien de la BBC, parce que leur problématique était justement « je pars en reportage, j’ai 1h30 de son, comment je retranscris ça rapidement et directement pour retrouver facilement le passage qui m’intéresse ».

Par ailleurs, on regarde aussi des sujets autour de la génération de texte, mais je ne pourrai pas t’en dire plus à ce stade. Je mets à disposition de la donnée, et la solution écrit automatiquement un texte à partir de cette data, et va pouvoir générer des milliers de textes. Tu peux imaginer ensuite de le faire lire automatiquement avec la voix la plus humaine possible grâce à de la synthèse vocale. Donc là on utilise successivement deux briques d’I.A., l’une puis l’autre.

Il y a encore d’autres sujets, mais pas directement chez nous ; avec des éditeurs de solutions de montage vidéo par exemple. Quand une équipe part en tournage pour une émission, elle revient avec des heures de rush. Si tout est fait manuellement, pour retrouver tous les moments il faut s’assurer que tous les fichiers soient bien renseignés et documentés. Grâce à l’I.A., on peut tout mettre dans une même base et on va retrouver facilement à quel moment il y a tel ou tel candidat qui apparaît, et faciliter le travail du monteur.

Il y a enfin la partie raisonnement, créative, qui est un sujet complexe car il y a une grande part de subjectivité dans ce qu’est le beau, le graphique, le mélodieux etc… On arrive aujourd’hui à faire débattre des I.A., et c’est de plus en plus réaliste. Même s’il reste encore une belle marge de progression. Après, on doit toujours garder en tête : quel intérêt pour nous à tout ça en tant que média. C’est ce qui va aussi orienter nos travaux.

L’avenir autour de l’intelligence artificielle

On a évoqué le passé et le présent chez M6, si on parle un peu plus du futur maintenant, tu sais quels sujets vont faire votre actualité dans les mois qui viennent ?

On parle de plus en plus des fake news et plus particulièrement des « deepfake« , ces vidéos truquées grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Faire dire n’importe quoi à n’importe qui, cela peut vite devenir dangereux, mais cela peut aussi être très pratique, pour du doublage de film automatisé par exemple. C’est la même techno, utilisée de manière complètement différente.

« President Trump is a total and complete dipshit »

Cette vidéo de Barack Obama qui dit que Trump est un abruti fini, c’est très bien fait. C’est un comédien qui parle, mais ce sont les lèvres d’Obama qui bougent. On se dit : « Wow, ça fait peur. Avant on devait détecter les images photoshopées, et maintenant il faut être capable de détecter les vidéos truquées ». Par conséquent, il y a maintenant des I.A. qui sont développées pour essayer de repérer ces vidéos modifiées. Et à l’inverse, cette même techno nous permet de reprendre un comédien et d’aller faire bouger les lèvres d’un acteur dans un film, pour passer le film dans une langue étrangère de manière très réaliste. Voilà, la même techno utilisée dans le pire et le meilleur.

David Beckham qui fait taire les sceptiques sur le niveau de maîtrise de la langue chez les footeux.

Autre exemple, une publicité très bien faites avec David Beckham pour un spot contre la malaria. Il se met à parler plusieurs langues, et on voit que ce sont en fait des comédiens qui parlent et qui arrivent à adapter les lèvres de Beckham pour se synchroniser avec ce qu’il dit. On voit ici un intérêt réel pour ce qui est média, vidéo, mais il ne faut pas oublier l’autre facette, plus dangereuse.

Pour plus d’explications sur le procédé utilisé, c’est ici.

Les limites de l’intelligence artificielle

Quelles sont les limites auxquelles tu as été confronté dans vos projets ?

L’absence de data, car dès qu’on n’a pas de data, l’I.A. est compliquée à mettre en œuvre. Les contraintes de coût également. À titre d’exemple, les GAFA facturent un coût par minute pour le traitement des vidéos par leurs I.A. Cela représente donc plusieurs euros par heure de vidéo. Quand on a une quinzaine de chaînes qui émettent 24h sur 24, ça peut vite représenter un budget conséquent, d’autant plus si notre vidéo doit être traitée par différents algorithmes. D’où l’importance de bien réfléchir en amont à ce que l’on va faire de la donnée récupérée…

J’en discutais justement avec une personne de chez Total, qui évoquait avec moi au-delà de la partie financière la partie data privacy dans l’usage des services cloud. Quelle position vous avez chez M6 par rapport à ce sujet ? Ce n’est pas un sujet justement ?

Je pense que tous les acteurs se posent les mêmes questions, ce n’est pas propre aux médias. Tout dépend de quelles données on parle, toutes les données n’ont pas la même valeur et donc les mêmes niveaux de confidentialité.

Dans la mise en oeuvre de vos différents projets, au-delà de la partie data, est-ce que sur la partie technique vous avez rencontré des difficultés ?

J’ai envie de dire qu’intégrer de l’intelligence artificielle dans un process reste un projet informatique comme un autre, plus ou moins complexe. Mais je ne vois pas de spécificités propres à l’I.A. L’important est de s’assurer en amont que cette I.A. répond à un besoin.

Est-ce qu’on ne pourrait pas faire apparaître dans les limites de l’I.A. dans les médias justement ce manque de visibilité quant au R.O.I. potentiel ?

Là encore, comme n’importe quel projet informatique, le R.O.I est plus ou moins facile à mesurer. S’il s’agit de sous-titrer automatiquement une vidéo, c’est assez simple. Pour intégrer ce process de traduction automatisée dans un workflow existant, le projet est plus complexe mais le R.O.I reste mesurable.
Enfin si on souhaite générer automatiquement des contenus, c’est davantage de la recherche, le R.O.I est moins évident. C’est à voir au cas par cas.

Conclusion

Je te laisse le mot de la fin !

L’intelligence artificielle, ce n’est pas de la magie, contrairement à ce que laissent trop souvent penser certains acteurs du marché. Elle évolue très rapidement et a encore de quoi pas mal nous surprendre !

Merci encore Fred pour ton temps et pour toutes tes réponses.


Les dessous de l’interview

📍Lieu : Au sein des locaux de M6 Web situés à Neuilly-Sur-Seine, derrière l’avenue Charles de Gaulle. Avis aux amateurs, jardin avec potager mis à disposition !

Le plateau du journal dans les locaux de M6 à Neuilly-sur-Seine.
Le plateau du journal dans les locaux de M6 à Neuilly-sur-Seine.

Durée : 5min au café, 45min d’interview, 10min dans le potager.

Un Tatoo jaune.
Communication 4.0

🤓Ton premier objet « techno » : « Un tam-tam de Bouygues Telecom, qui permettait de recevoir des genres de SMS. C’était comme un Tatoo, la famille pouvait m’envoyer des SMS en saisissant le message soit en appelant un opérateur soit en tapant sur le minitel. Je recevais donc un message… auquel je ne pouvais pas répondre, puisque c’était dans un sens seulement ! »

🎙Une interview que tu aimerais lire : « Va voir William Eldin de chez XXII. Là-bas, ils font de l’I.A. utile. On entend tellement de gens qui font de l’I.A. qui ne sert à rien. Ça noie le message. » 

Update Décembre 2019 : l'interview de William

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