XXII : interview avec William Eldin, fondateur & CEO

Premier vendredi du mois de décembre, fin de journée, direction Suresnes. Sur les bons conseils de Frédéric Grimaud, parce que la computer vision m’intéresse énormément, et parce que j’ai toujours eu plaisir à discuter avec lui, je profite de la disponibilité de William pour aller à sa rencontre et le faire parler sur les sujets de XXII. Sa société est devenue incontournable sur la XR et la vision par ordinateur en l’espace de peu de temps, avec de très beaux projets réalisés. Retranscription de notre échange durant lequel on aborde les projets de XXII, le sujet de l’emploi avec le développement de l’I.A, un avenir plus radieux pour nos valises, Michael Jackson, le MEDEF, l’éducation, le magasin autonome, comment la technologie sauve des vies. Et une vision forte concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur notre modèle de société pour les années à venir. À nous deux !

William Eldin, fondateur et CEO de XXII

Présentation

William, merci beaucoup de me recevoir ici à Suresnes dans vos locaux chez XXII (prononcer « twenty-two »). On se connaît un peu puisque nous avons eu l’occasion de travailler ensemble sur des projets de VR il y a quelques années. J’ai toujours suivi ton actualité avec beaucoup d’intérêt et celle de XXII, et je suis content d’avoir aujourd’hui l’opportunité de te cuisiner un peu ! Pour rappel, on t’a d’abord connu pour Coyote (les avertisseurs de radar), puis tu as monté XXII, qui est le sujet de notre échange du jour. Je te laisse te présenter.

Salut Hugo. Je suis William Eldin, j’ai 33 ans et je suis à la tête de XXII. Pour évoquer rapidement Coyote, je suis complètement sorti de la société il y a quelques mois. En plus d’être à la tête de XXII, je suis aussi professeur à Sciences Po et à la Sorbonne, et j’essaie de monter des projets en Afrique et en Chine. Projets au sein desquels j’essaie toujours qu’il y ait un peu de XXII dedans. En fait, il faut voir davantage XXII comme une philosophie plus qu’une boite. Et c’est aussi le tatouage que j’ai sur la jambe depuis mes 15 ans, en référence à mon groupe de musique.

Tu as fait pas mal de choses dans l’enseignement ces dernières années, c’est une volonté ou cela s’est fait par opportunité ?

J’ai pas mal dirigé de formations ces dernières années, et je suis en train de créer XXII University. D’avoir mis un pied à Sciences Po, ça m’a fait réfléchir et… kiffer ! Quand je raconte l’histoire de la boite, les projets et la philosophie qui y est attachée, ça intéresse beaucoup les élèves. Tu racontes ça à des jeunes qui ont 20 ou 25 ans, ils se disent « wow le monde de l’entreprise c’est trop bien ! ». Et ils sont bons. Ils me challengent beaucoup. C’est des malins !

Mobilisation étudiante pour assister au cours de William.

J’ai aussi mes parents qui habitent en Afrique. Je me sers de ce levier pour essayer de créer des écoles de code, leur apprendre ce qu’on peut faire avec les nouvelles technologies. Je fais ça au Burkina Faso, un peu en Tunisie, et le projet le plus concret est au Sénégal. Une école d’informatique qui devrait ouvrir en septembre 2020. J’ai trouvé un investisseur, mais je ne sais pas encore comment je vais l’appeler. C’est en partenariat avec Microsoft. Après, je vais casser un peu le mythe mais je me sers aussi de ce que j’ai, de ce que je connais. Mon père est là-bas, il habite à l’année à Dakar. Et son père était à la tête du lycée français à Dakar. Donc le nom “Eldin” est connu dans l’éducation là-bas. Ça m’aide à déclencher plus facilement des rencontres, comme pour rencontrer le ministre de l’Éducation.

J’ai eu récemment au téléphone le président Burkinabé, parce que son fils est un de mes élèves à Sciences Po. Et ma mère qui est au Tchad m’avait prévenu que Boko Haram avait repris son activité dans la zone, entre le Tchad et le Burkina Faso. Comme elle travaille pour le gouvernement français au Tchad, elle me dit que des discussions sont en cours pour faire passer des drônes. Et ce que je voudrais c’est mettre des algorithmes sur ces drônes qui permettront de repérer les mouvements de Boko Haram. Prévenir les villages par un moyen, comme une explosion de peinture dans le ciel, dès que leurs troupes sont à moins de 5min que tout le monde puisse partir vite. Ce genre de projets, ça m’intéresse énormément.

« Il faut voir davantage XXII comme une philosophie plus qu’une boite. »

Pour le coup, c’est un cas d’application de l’intelligence artificielle vraiment utile et concret !

Oui ! Et je suis content de pouvoir parler de sujets comme ça parce qu’on entend trop souvent ceux qui disent “Oui mais avec l’I.A vous allez remplacer tous nos emplois, et blablabla…”. Mais oui mais ça là, ce dont on parle, tu le fais pas à l’heure actuelle !

Le sujet techno que tu trouves le plus excitant en ce moment ?

L’épigénétique et la découverte du fonctionnement du cerveau. On connaît actuellement seulement 2% du fonctionnement du cerveau, et on est en train de découvrir des trucs de dingue. Plus on comprend comment il fonctionne, plus on comprendra comment faire fonctionner le monde. 

L’épigénétique et la recherche sur le cerveau, ce sont des choses que tu peux appliquer ensuite toi chez XXII ?

Bien sûr. À tous les niveaux, on a une approche avec laquelle on recherche biologiquement les choses.

Quel est le premier objet techno que tu aies possédé quand tu étais petit ?

Le premier truc qui m’ait vraiment excité, c’est à 8 ans une platine vinyle. Avec History de Michael Jackson. Quand cet album là est sorti, mes parents m’ont acheté une mini chaîne-hifi. Ça n’existait pas à l’époque, j’étais dingue. Mais plus jeune j’étais quand même globalement un garçon d’extérieur. J’habitais dans le Sud, je prenais le vélo, je chassais la couleuvre. Né à Nice, on a déménagé à mes 6 ans vers Montpellier. Puis à 12 ans nous sommes montés à Paris. Le choc ! En plein Pablo Picasso, à Nanterre.

Un chercheur en épigénétique.

Et à quel moment il y a eu un switch alors ? Et tu as commencé à t’intéresser aux sujets sur lesquels tu travailles aujourd’hui.

Par le son je pense… En fait, après la platine très vite j’ai acheté une table de mixage. Très vite j’ai voulu comprendre ce qu’étaient les filtres passe-haut, passe-bas. J’avais des condensateurs qui cramaient dans mon ampli donc j’ai ouvert. J’avais resoudé des condensateurs parce que l’ampli neuf c’était 600€, et un condensateur 2€. Et en fait j’ai compris l’électronique via tout ce matériel. Il y a eu un gros changement dans la musique vers mes 13-14 ans, de l’analogique vers le numérique. Plein de logiciels sont arrivés, j’ai été au milieu des deux. J’ai beaucoup connu l’analogique, U = R*i, toutes ces conneries de chipset, de micro-processeur. Et à côté de ça, j’ai vu la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) arriver, je me suis mis sur Cubase, ProTools etc… Et je me suis fait à l’informatique. Le pont m’a semblé assez logique. Et la vie c’est comme ça en fait après. 

On peut dire que la transition s’est faites par la musique.

Oui complètement.

C’est marrant parce que je suis aussi passé par cette phase. Quand je me suis intéressé à la musique au lycée, j’ai commencé avec des platines. Et après le mix, j’ai voulu essayer la prod. Mais là, je me retrouvais face à plein de boutons dans tous les sens, et il fallait bidouiller. Alors, je me suis acheté un énorme bouquin à la Fnac sur comment se servir de Logic Pro. Et il faut vraiment s’accrocher, être curieux et passionné pour avancer sur ces sujets en autodidacte !

Et bien c’est exactement comme toi. Comme j’étais dans une cité, j’enregistrais tous les rappeurs du quartier dans le studio que j’avais monté. C’était mon business. Et après j’ai rencontré Dam en seconde, il m’a dit : « Tu fais quoi ? » « Je gratte un texte de rap là ». Et il me dit « Moi je fais de l’électro ». Et c’est devenu mon meilleur pote, puis mon associé. On se faisait des soirées chez lui dans son studio. Il est en plus d’une famille d’ingé son, donc on avait accès à tous les derniers matos. On démontait tout ! On s’est retrouvé en STI électronique, avec notre prof d’électronique, on avait envie de lui dire “Arrête avec ton phare là, laisse nous ramener l’ampli ! On l’ouvre et on le soude !” 😄 Et ça a pris tous les 2.

Parlons un peu de politique. Je t’ai vu intervenir au Medef dernièrement. C’est un truc qui te plait, sur lequel tu veux avancer ?

Pour être complètement honnête, la politique est un sujet qui m’attire. Mais du coup, pour être toujours complètement honnête, j’ai du mal à voter aujourd’hui. Parce que je trouve que c’est un jeu organisé. Au sein duquel je ne reconnais plus la majorité, le peuple. Pour y être un peu allé et avoir parlé à ces gens, ils sont formés comme je n’aime pas qu’on forme les êtres humains. Et ils sont tous en interim. Donc le plus important à leurs yeux, ce sont les leviers pour la prochaine élection.

Table ronde au MEDEF : « Évolution des compétences et des métiers grâce à l’I.A », l’approche éthique.

Tu l’as senti à ton niveau ?

Ce que je sens en permanence, c’est le court-terme dans la politique. Pourquoi est-ce qu’on n’arrive pas à s’inscrire sur des dynamiques de long-terme, c’est parce que tous les 5 ans on redistribue toutes les cartes. Même avant ça, dans un quinquennat, tu as souvent des municipales, des Européennes… Donc ils s’excitent à prendre des gros sujets, et à côté de ça j’ai du mal à comprendre là où ça va nous amener. Là où ils veulent nous amener. Quand on parle de politique en tant que citoyen, on devrait tous être dans la projection positive, mais ils ne nous en donnent pas les moyens.

Tu te vois comment là-dedans ? On verra ?

Oui, on verra… En vrai, je sais qu’ils ne m’aiment pas, mais en retour, je n’aime pas trop ces gens-là non plus. Parce que je suis un électron libre. Et qu’ils n’aiment pas les électrons libres. J’essaie d’aller prendre la parole de temps en temps. Et ce qui me fait rire, c’est qu’avec le gros changement de paradigme sur les intelligences en ce moment, tous les émotionnels j’arrive à les séduire assez vite. Mais alors, quel est le pourcentage d’émotionnels comparé aux intellectuels, on verra ce que ça donne ! Pour se marrer des fois en interne j’entends des “William Président !”. Ça me fait rire. Après, je n’ai pas envie d’avoir cette vie. Je suis plutôt vie cachée. Mais je pense qu’en 2020, je vais montrer un peu plus ma trogne, parce qu’il faut faire avancer les choses. J’ai déjà commencé. Là, on a un 20h de TF1 qui tourne la semaine prochaine, on a Clique TV, et d’autres choses qui arrivent pour début 2020.

Tournage pour le 20h de TF1 chez XXII.

Je pense que tu es en plus un bon client pour les médias sur ces sujets. Dans le sens où tu es identifiable déjà avec tes lunettes ! Et ton discours, ce qui fait le lien avec la question d‘après… C’est mon point de vue mais je ne sais pas si tu le partages ou pas : je trouve que tu dénotes clairement dans ce milieu. Quand toutes les autres boites sont axées business et scalabilité, toi tu sembles être un peu à l’écart, comme un savant fou à parler neurosciences, développement bio inspiré, etc. Est-ce que tu es conscient de cette image que tu peux renvoyer ?

L’image que je renvoie, j’en suis conscient quand on me fait des retours comme ça. Et quand je vois que je ne suis pas reçu par les architectures de la majorité. Comme le capital risque. Ces gens me disent “C’est magique ce que tu fais, mais on ne peut pas te rentrer dans des cases toi c’est pas possible”. J’en suis conscient parce que je suis un peu comme ça depuis tout petit aussi. Cela renvoie à soi-même, quand on est un peu à part sans être isolé non plus. Et je le vois quand je parle à des confrères. Je n’ai pas la même vision. “On ne comprend pas pourquoi tu t’éparpilles !”. Mais pour moi je ne m’éparpille pas. Tout est très logique.

Donc ce truc là tu en as conscience. Et tu penses que ça te dessert ou que ça te sert ?

Les deux. Ça me dessert avec les intellectuels. Ça me sert avec les émotionnels ! 😄

Discussions pendant une table ronde organisée par LGBTech
Table ronde LGBtech avec William Eldin.

La vision et XXII

Intéressons-nous maintenant davantage à XXII et à la vision que tu portes à travers ta société. Premièrement, vos projets sont essentiellement autour de la computer vision. C’est quoi l’avantage à tes yeux de cette « branche » de l’I.A et qui expliquerait la direction prise ? Par opposition à l’intelligence artificielle appliquée au traitement de données brutes par exemple.

Tu peux prouver facilement que ça marche. Et cela m’est apparu comme évident. Il y a clairement un focus fait sur la vision dans notre approche de l’intelligence artificielle. Les autres sujets nous intéressent moins.

Nous les humains, nous fonctionnons en regardant le monde. On construit nos interactions avec le monde en le regardant. L’intelligence artificielle va reprendre notre conception du monde et de ses interactions, celles que l’on peut avoir en tant qu’humain. Si 80% (les scientifiques le disent) de ce qu’on a dans la tête a été appris grâce à la vision, pourquoi est-ce qu’on ne va pas tous dans ce sens en intelligence artificielle ? C’est comme cela qu’on a construit le monde. Avec nos yeux ! Autant concevoir le même capteur et l’implémenter au sein de nos intelligences.

C’est ce que tu appelles le “développement technologique bio inspiré” ? Comme j’ai pu le lire dans d’autres prises de parole que tu as faites.

C’est tout à fait ça. N’allons pas chercher midi à 14h, aujourd’hui on fonctionne essentiellement avec nos yeux. Bien sûr, il y a aussi le goût, le toucher quand on est à proximité d’un élément, le son qui vient rassurer ou alerter. Après la vision, je vois la parole. Tout le monde se lance sur le NLP, mais il y a déjà des acteurs comme Google avec des équipes de 500 personnes dessus. Qu’est-ce que tu veux faire. La barrière à l’entrée est en plus assez faible. Sauf si tu trouves ton sillon, ta niche, oui tu vas faire un truc. Mais moi ce qui m’intéresse ce n’est pas de faire de l’argent, c’est vraiment… je peux me lâcher là un peu ou pas ?

Go !

Ma posture est simple. Je suis un rageux du système ! Je n’apprécie pas ce sur quoi nous sommes assis. Je n’ai jamais vraiment aimé l’école, parce que je trouvais que ce n’était pas fait pour moi. J’ai plutôt une intelligence émotionnelle qu’intellectuelle. La preuve, j’ai obtenu mon bac avec 10.03 de moyenne, et au rattrapage ! 😄

Dernière ligne droite William !

En fait je n’aime pas le cadre que l’on nous impose, que je trouve pauvre. De voir tous ces gens qui ont la pression, la peur de perdre leur emploi… et du coup, burnout, on se fait tous aspirer par des tonnes de données, du mail, tout ça et… et en fait à un moment je me dis « wow » … On a construit des êtres humains qui sont experts dans leur domaine, mais on les appauvrit de ce qu’est réellement l’intelligence humaine : une intelligence hyper horizontale, par opposition à une expertise poussée. Qui connaît peu de choses « profondes », mais qui sait survivre et sous tous les aspects de la vie. Et pas que de la finance ! Des experts financiers par exemple, j’en connais beaucoup. Si tu en mets un qui n’est pas passionné par la nature et que tu le mets 2 jours dans la forêt, il est mort ! Il ne sait pas se faire une tente ou du feu. Je reviens à ça exprès pour t’expliquer mon postulat.

« Oui, vous allez perdre vos emplois. C’est clair, net et précis. »

Mon postulat, c’est que le système actuel est néfaste pour l’humain parce qu’il lui a demandé de s’expertiser et d’être sous pression pour être le plus rentable possible. Le modèle de société qu’on appelle libéralisme. Du coup, moi j’ai envie de faire une arme qui s’appelle XXII, de tirer sur ceux qui ont fait de l’être humain des robots. Et donc de dépouiller le travail qu’on dit soi-disant attitré aux humains, et l’automatiser. Alors oui, vous allez perdre vos emplois. C’est clair, net et précis. Ils ont fait de vous des experts, sauf que là où l’I.A est la plus forte, c’est sur l’expertise ! C’est le sens de l’histoire. En parallèle, je crois aussi beaucoup aux technologies de vision que sont la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Ce sont des technologies qui pour moi sont censées élever l’intelligence, en tout cas l’apprentissage de l’être humain. En immersion, tu apprends beaucoup plus vite et tu ne meurs pas. Tu peux multiplier les essais. C’est l’anti-chambre de la réalité. 

La réalité virtuelle utilisée pour la formation des équipes de Chimex (L’Oréal).

Échapper à un incendie dans un cockpit d’avion par exemple. Il vaut mieux le vivre en réalité virtuelle qu’en situation réelle !

Exactement. Et ce que je n’apprécie pas actuellement, c’est que l’intelligence n’est pas reliée à la conscience. Alors que pour moi être conscient des choses qui nous entourent, c’est une grosse marque d’intelligence. La conscience de tout. « Cette personne, je lui fais du bien. Lui, je lui fais du mal, pourquoi ? Comment est-ce que je me suis comporté. Merde, je ne l’ai pas considéré, il faut que je me remette en question. » L’intelligence émotionnelle.

C’est vrai qu’en tant qu’être humain, le plaisir passe beaucoup par l’émotion. Tu n’es jamais aussi heureux que lorsque tu es avec les gens que tu aimes et apprécié par tes proches. Tu ris, tu passes du bon temps, le bonheur en fait.

C’est ça. Et nous, nous sommes faits pour quoi. Pour chasser, élever notre descendance, lui apprendre à se nourrir. Et au milieu, faire de l’amour et faire en sorte que l’être humain se reproduise.

Je me suis attaqué à ce mot qu’est « l’intelligence ». J’ai vu que le capteur majeur, c’est la vision. Et je me suis dit, faisons 2 axes. Un axe où je remplace l’être humain sur le modèle de société actuel par une intelligence artificielle computer vision. Où je vais supprimer tous les boulots qui n’en valent pas la peine. Et de l’autre côté, je vais rendre l’être humain plus intelligent en lui poussant de la technologie qui va l’aider à accélérer sur l’acquisition de nouvelles intelligences. Comme ça je déshabille d’un côté, je rhabille de l’autre. Il manquait une colonne vertébrale puissante que j’ai construite il y a 1 an et demi. Ce sont 2 docteurs en neurologie et experts du cerveau. Un qui nous dit comment bien imiter le cerveau de l’être humain pour exécuter des algorithmes d’intelligence artificielle qui ressemblent à des réactions humaines. Et l’autre comment bien apprendre à l’être humain et proposer une expérience qui rentre dans son cerveau et qui y reste. Chacun sur sa mission.

Dans ta vision, on déshabille donc d’un côté pour rhabiller de l’autre. Et que deviendrait alors la mission de l’humain rhabillé et augmenté ?

Un autre métier. Ce qu’on voit, ce n’est que la première étape avec les technologies immersives type réalité augmentée. Pour l’instant, elles font gagner du temps. Cela correspond bien au monde d’avant, car temps = argent. Donc on fait gagner de l’argent. Donc ils sont contents. Mais ce qu’on constate tous les jours, c’est que les gens qui utilisent déjà ces technos et qui gagnent du temps, ils gagnent aussi quelque chose de beaucoup plus précieux : la vitesse d’apprentissage. Comme on le disait, un feu dans un cockpit, avant d’en vivre un en vrai et d’avoir les bons réflexes pour ne pas y rester, c’est arrivé à peu de personnes ! Dans un cas comme celui-là, il n’y a pas de deuxième chance. Alors que si je te fais une démo avec une vraie expérience, que tu dois enchainer et que tu es chronométré. Tu dois avoir les bons réflexes et toutes les physiques du vrai monde intégrées à l’expérience. Et bien je peux te faire éteindre l’incendie 50 fois en une journée. Et tu deviens un expert. C’est une nouvelle façon d’acquérir de la compétence et de l’intelligence plus rapidement. Pour moi cela ouvre le cornet du cerveau, là où aujourd’hui il est plus restreint. Donc c’est très cool ! On va pouvoir y mettre plein de nouvelles choses. Et en même temps tu les dégages de leurs tâches comme faire passer des produits à la caisse devant un lecteur de code-barre. Qui est celui qui a créé ce genre de boulot ? Tu vois ce que je veux dire. “Bon alors, on va mettre des gens qu’on va payer une misère, on va les mettre assis là sous des néons et ils vont faire bip bip toute la journée avec des paquets de pâtes et de la lessive”.

Tut. Tut. Tut. Tuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu. Fin.

Ça me fait rire quand je croise des gens aux conférences qui me disent : “Mais avec l’intelligence artificielle William, tu vas supprimer des postes”. Mais comment ! Bien sûr que je vais supprimer des postes ! Et en plus je pense que tu n’as pas la vraie conscience de ce que ça va détruire dans les 30 prochaines années. Désolé pour les gens dans la salle, mais c’est les émotionnels qui vont remporter le match cette fois-ci. Je vous conseille tous d’aller vite vers une vraie intelligence humaine, parce que de toute façon c’est ce qui primera à long terme. Après, je ne suis pas visionnaire non plus, et si ça se trouve mon fils sera encore sur le modèle d’hier. Je n’ai pas de certitude quant à la réalisation de tout ça mais je le ressens. Je le ressens, donc je le dis. En fait c’est un constat de la vie, pour le coup. C’est simple. J’ai des potes, ils ont fait des études, ça les emmerde ce qu’ils font. Mais dégagez les gars ! Stop ! On va automatiser tout ça.

Et tu peux me dire ce qu’ils font ?

Ils travaillent dans des agences de marketing, dans lesquelles ils font toujours la même chose, le même dossier, le même produit, le même truc… Des potes qui sont dans des grosses sociétés et qui codent, toujours le petit morceau de tel lot, de tel produit, dont ils ne verront jamais à quoi ça sert. “Toi tu fais quoi ? Tu optimises ?”. OK, vas-y, va optimiser, tu auras 2 ou 3 projets dans l’année, tu optimises… Caissier, livreur, tout ça. J’étais encore avec un pote hier soir, il est chauffeur livreur. Pour lui c’est la course tous les jours ! À en péter les plombs. C’est de la logistique, tu n’as pas besoin d’un cerveau humain pour ça. Mais ce que tu te dis, c’est hé… livreur de produits. Autonomisons vite le truc !

À partir du moment où on aura commencé à se débarrasser de ces tâches, on va se retrouver avec beaucoup de gens disponibles. Pour travailler sur autre chose. Mais on ne sait pas encore quoi.

Aujourd’hui non. L’inconnu fait peur, mais je n’ai pas peur pour nous. L’Homme n’aime pas le vide. C’est-à-dire que toi tu as une boite de 20 personnes, tu as besoin de 200m2 pour travailler. Tu vas prendre des bureaux de 600m2. Je te jure c’est maladif, tu vas vouloir recruter. C’est humain !

Tu t’es déjà retrouvé dans cette situation ?

Mais plein de fois ! Que ce soit avec Coyote ou ici avec XXII. Donc maintenant, je prends trop petit. Et on déménage plus souvent ! 😄 Mais ce que je te dis est vrai. Quand il y a un vide, on sait créer. Donc je n’ai pas peur du vide. Parce que je sais qu’on va savoir rebondir et créer. Parce que c’est ce qu’on a au fond de notre coeur. Notre vraie intelligence humaine. La créativité. C’est pour ça que je n’ai pas peur qu’on se retrouve demain matin dans la situation où 90% de l’humanité se retrouve à ne pas savoir quoi faire. Biologiquement ce n’est pas possible, ça ne peut pas se passer comme ça. Il y aura une espèce de transition qui sera faites. Elle va déjà être impactée par le changement des cerveaux. Je pense qu’un cerveau peut changer s’il est ultra stimulé. Cela va se faire à travers plusieurs générations. Nos parents doivent d’abord disparaître pour qu’un peu de notre pensée prime davantage. Ensuite, ce sera à nous de disparaître pour que nos enfants puissent à leur tour évoluer. Cela va prendre entre 3 et 10 générations ce changement.

Pourquoi je n’ai pas peur, parce que j’ai déjà ressenti ce que les gens qui ont peur veulent nous faire ressentir. En 6ème, tu as toujours peur du brevet. Quand tu arrives là face à ta copie et que tu passes le brevet, c’est finger in the nose. Tu arrives en seconde, tu as toujours peur du bac. Le bac, je n’ai rien fait pendant 3 ans, j’ai eu un peu plus de 9, je passe le rattrapage j’ai 10,03. Maman, j’ai eu mon bac ! Tout le monde me disait le contraire mais je l’ai eu. En tout cas, naturellement on a toujours peur de ce que l’on n’a pas encore conquis. Mais une fois que c’est passé, on se dit que ce n’était pas si dur que ça.

C’est vrai qu’intrinsèquement, en tant qu’Homme, je me sens souvent insatisfait. Tu as toujours envie de plus, de plus grand, d’aller plus loin.

C’est pour ça que je ne m’en fais pas. L’être humain saura toujours trouver de l’activité. Par contre, c’est clair que ça peut faire mal au système sur lequel est construit la TVA, les impôts, etc… notre carcan actuel. Il va falloir prendre des décisions, faire évoluer le cadre. Je ne pense pas qu’il y aura de grosses ruptures. On adaptera le système petit à petit. Je fais partie de ceux qui écoutent la biologie. Un arbre ne pousse pas en 2 semaines. Il met plusieurs décennies. Nous, être humain, on sert à quoi à la base. Nous sommes des êtres avec un peu d’émotion et un peu de cerveau, on a des outils et on crée des choses. Il ne faut pas que l’on s’arrête ! Parce que là on s’est arrêté, et on a mis en place un système qui rapporte et qui fait uniquement de l’argent.

Regarde l’exemple des barrières de communication qui se font exploser depuis 20 ans. Là tout de suite, on peut appeler la Chine. Jamais avant ça se faisait ça. Moi William Eldin, je suis déjà allé en Chine plusieurs fois, j’ai eu un appartement en Chine. Il y a 100 ans, ça ne se faisait pas. Donc dans ma biologie aujourd’hui, j’ai de la culture chinoise. Cela veut dire que je ne suis plus franco-français. Et quand on s’intéresse aussi à l’épigénétique, le gros sujet du moment en terme de recherche. Tu te dis, mais c’est dingue ! Ils viennent de découvrir que le junk ADN qui est appelé comme ça depuis des années, c’est 85% de la composition de ton ADN et c’est quelque chose qui est influencé par ton réseau social, ton alimentation, ta pratique sportive, ta stimulation intellectuelle, ta stimulation émotionnelle. Ton environnement en fait. Ça veut dire que tu es qui tu côtoies, ce que tu manges, ce que tu fais, tout ça. Et ça remet tout un tas de choses en perspective. C’est-à-dire que 85% de ce que tu vas laisser dans ton ADN, c’est sur ta vie à toi. Et c’est ce que tu vas transmettre à tes enfants. Tu bois, tu ne bouges pas, tu manges de la merde, personne ne t’aime, tu fais un enfant, il y a de grandes chances que tout ne tourne pas rond. Et pour moi la société actuelle ne nous met pas dans des situations qui sont encourageantes pour pouvoir évoluer sainement. On pourrait parler de ça pendant 10h… 😄 En conclusion, tu te rends compte qu’il ne faut pas aller chercher de grandes théories. Pensez à vous, à votre coeur, et regardez ce que vous ressentez. T’es bien c’est cool, t’es pas bien, bouge !

Et pour faire le lien avec le projet XXII, l’objectif que vous avez serait finalement de mettre à disposition des outils permettant à l’humain d’octroyer plus de temps et d’importance à l’émotionnel et au monde qui l’entoure ?

C’est bien dit 🙂 Je le dis souvent d’une manière plus concise. XXII est parti à la conquête des intelligences. C’est vraiment ça au fond. Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir comment fonctionne notre cerveau, pouvoir lui apprendre des choses plus rapidement, avec plus de valeur ajoutée humaine. Et dégager tous ces cerveaux là qui sont inutilisés, bourrés de tâches répétitives sur un modèle que je déteste. XXII sera j’espère à long terme quelque chose qui sera partout mais non visible. J’aimerais tellement équiper les chipsets de ce genre de trucs, mettre des algorithmes à l’intérieur, et que ce soit le départ d’un grand changement en terme d’intelligence. J’aimerais vraiment que ce soit ça la dimension de XXII. Après…

Adviendra ce qu’il adviendra… !

Et entre temps il faut transpirer. Il faut faire du chiffre et parler de nos projets !

L’opérationnel chez XXII

Quel est le grand sujet actuel prioritaire sur lequel vous souhaitez avancer avec XXII ? Que ce soit en terme de stratégie, ou d’intérêt tout simplement.

La ville. On voit bien l’essor municipal en ce moment avec les élections qui arrivent en Mars. Il y a tellement de cas d’usage en ville à réaliser… Les feux rouges intelligents. Plus de bouchons. La fluidité du trafic. Tu peux compter les voitures, mesurer leur vitesse, les faire passer ici ou là.

En fait, il y a une personne que je respecte par-dessus tout et je vais avoir ma larme à l’oeil en parlant de lui mais… Jean-Marc Van Laethem. Jean-Marc était associé chez Coyote, et il est décédé d’une crise cardiaque l’année dernière. Il m’a dit au moment où on veut revendre Coyote : “William, tu es le seul à comprendre. Dans la vie, et j’en ai vu des vagues technologiques passer, ce qui est important et qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que la technologie va être de supprimer les ‘via’.” Alors ça veut dire quoi. Ça veut dire qu’aujourd’hui Hugo, on est tous les 2 là face-à-face et que nos cerveaux communiquent. Mais tout à l’heure, tu vas partir. Et quant tu vas partir, tu ne vas plus être avec moi, donc pour communiquer avec moi il faudrait qu’il y ait quelque chose comme « ça » entre nous deux. L’évolution va être de supprimer ce « ça ».

« ta vraie mission avec XXII, c’est de supprimer les ‘via’« 

On le voit quelque part à travers l’évolution de ces dernières années. On a de plus en plus d’obstacles qui disparaissent dans nos communications. Hier pour appeler en Australie, je devais prendre mon calepin, taper le numéro de mon contact sur le téléphone et j’entendais sa voix depuis Sydney. Aujourd’hui sans lever le petit doigt je dis “Dis Siri, appelle William sur Facetime” et là je te vois et je t’entends en moins de 5 secondes. Demain les hologrammes !

Cette phrase, je me souviens que c’était peu de temps avant qu’il parte. “William, ta vraie mission avec XXII, c’est de supprimer les ‘via’.” Et en fait moi ce que j’aimerais bien, c’est que le Waze que tu as aujourd’hui et dont tu te sers avec ton téléphone, que les villes puissent le proposer de façon transparente. Une vraie intelligence.

Fluidifier les interactions.

Tout ! Et puis c’est bête mais… nous sommes dans une période à laquelle il faut faire attention à tout, pour des raisons écologiques notamment. Une personne qui jette des détritus partout par terre, avec de la computer vision, tu peux le voir. Les gens qui font de la merde.

Après, nous ne sommes pas en Chine, on aura du mal à faire passer ça en France !

Je pense aussi, mais à un moment autant être capitaliste jusqu’au bout. Tu veux vraiment contrôler le système ? Va au bout du truc. Le mec qui décharge ses gravats sur le bord de la route. Bon et puis ta vie privée, qu’est-ce qu’on s’en fiche en vrai… tu n’es pas le Président ou une star !

La computer vision au service des citoyens.

Tout ça, c’est des sujets que vous avez déjà en cours ?

À fond. Avec 5 villes en Île-de-France déjà. On a une présentation sur ces sujets, avec une cinquantaine d’algorithmes. Il y a du comptage de personnes, du zoning intelligent. Les policiers peuvent rentrer dans le parc la nuit mais seulement eux. Donc c’est beaucoup de contrôle, un peu de vidéo verbalisation, mais c’est surtout de la reconnaissance de personnes perdues. Des enfants ou des gens qui ont Alzheimer. Mais c’est de la reconnaissance, du suivi et du tracking non biométrique. À la base, c’était pour repérer des personnes mal intentionnées et les suivre de façon automatisée. Mais nous nous sommes rendu compte que notre outil avait aussi repéré 4 enfants perdus et que tous les jours on retrouvait un grand-père ou une grand-mère qui ne retrouve plus le chemin de sa maison. C’est une vraie intelligence sociétale et sociale ça du coup. Ce truc de tracking non biométrique. Après, nous avons aussi des algorithmes de repérage des taux de remplissage des poubelles et de décharges sauvages illégales. Du feu rouge intelligent. On a tout ça.

Déploiement prévu ?

2020. On a 3 premières villes sur 2019 avec une trentaine de caméras. Et on passe en ce moment des accords avec les sociétés d’entretien de leurs réseaux. 

Et toi, c’était ta volonté d’aller sur ces sujets là ?

Ma volonté, c’est que nos intelligences artificielles comprennent le monde de la façon dont il fonctionne vraiment. Et dans la ville, il n’y a pas meilleur entraînement que justement comprendre comment l’être humain évolue. Et c’est ce qui est important pour moi. Comprendre comment on évolue.

À l’inverse, qu’est-ce que tu refuserais comme sujet ?

Tuer des gens. Gros sujet éthique en ce moment chez XXII. On a fait venir Thomas Fraioli chez nous la semaine dernière. C’est une des 6 personnes à avoir le pouvoir de parler au Président au téléphone et le doigt sur le bouton nucléaire. Il travaille pour l’armée à un très haut niveau. C’était le Chef des Opérations de l’attaque de la Libye et de la mort de Kadhafi. Il avait Nicolas Sarkozy au téléphone, et il appuyait ou non sur le bouton. Il nous a parlé de la mort, l’acte de tuer, et de l’engagement pour sa nation. C’était assez hallucinant. Parce qu’on a des vraies problématiques, avec les armées qui viennent vers nous. « Regardez, c’est un chèque de 1M€ pour nous faire un petit algo ». Sauf que l’algorithme, c’est pour frapper avec des missiles, et on sait que ces algos vont très clairement aider à la précision de ces tirs. Ce sont des choses que l’on a dans notre quarantaine. On veut construire une charte éthique, se nourrir de retours d’expérience, y réfléchir, et voir comment on va se positionner. Parce que tu es toujours l’ennemi de quelqu’un d’autre. Et que la croyance de ces gens-là, c’est de dire que c’est leur patrie. Et vu qu’ils sont accrochés à leur patrie, ils se défendent. Mais moi ma patrie, c’est le monde. Nous ne sommes plus une génération à être franco-français. J’ai mes parents qui sont en Afrique, mon petit frère qui est ailleurs aussi. Je me sens “monde”. C’est pour ça que j’ai du mal à travailler sur ces sujets.

La computer vision intéresse de plus en plus les autorités militaires, tant dans la partie analyse qu’en support des opérationnels sur le terrain.

C’est amusant de voir qu’avec tous les gens que j’ai pu rencontrer de par mes expériences précédentes, donc surtout dans la tech, il y a peu de gens qui acceptent de travailler sur les sujets de Défense. Comme si la culture du hippie californien était arrivée jusqu’ici !

Même les ingénieurs tu vois. Nous sommes 57 chez nous aujourd’hui. Je pense qu’il y en a 5 qui partent immédiatement si on travaille sur ces sujets.

Le portique de reconnaissance développé par XXII, ici exposé lors du Salon Milipol.

Les acteurs et le business dans la computer vision

Ta vision sur les acteurs Français qui travaillent sur le sujet de la vision aujourd’hui ? De ce que je perçois, quand beaucoup semblent avoir une approche produit, toi tu sembles être davantage service.

Je ne veux pas être focus produit parce que cela conduit souvent au modèle de boite perfusée au capital risque. Et je n’aime pas les gens du capital risque. Alors ce n’est pas que je ne les aime pas eux, mais je n’aime pas leurs matrices. Ce sont des matrices court-termistes. Je n’ai pas envie que XXII soit une boite court-terme. Si à 60 ans je peux avoir une boite de milliers de salariés et un gros truc qui est partout et non visible, l’intelligence même de ce qui a été injecté dans les machines, et à la fois qui a fait découvrir une nouvelle intelligence dans les êtres humains…

Je comprends que tu ne souhaites pas cet asservissement à des tiers pour le développement de ta boite. Mais après, le fait d’avoir un produit te permet une scalabilité qui est plus facile à atteindre qu’avec le service. Et donc plus de moyens pour atteindre tes objectifs.

Attention, ça ne veut pas dire qu’on ne fait pas de produit. Le vrai ADN de XXII : je te fais de la recherche appliquée, je te montre les performances, ça peut durer 2 semaines, 1 mois, 6 mois, 3 ans. C’est du service en recherche appliquée. Je ne te dis pas que je te vends du service, du jour-homme etc. Je te vends un projet de recherche appliquée qui peut se matérialiser par un POC, un MVP, un produit. Mais à la fin de cette recherche appliquée, quand nous sommes contents tous les 2 du taux de résultat, là on enclenche sur un produit. Soit cela ne t’intéresse pas de le revendre parce que tu m’as acheté de la recherche appliquée. Dans ce cas, je me charge de la commercialisation. J’ai un store online qui va permettre de distribuer des algorithmes, avec des partenaires comme Genetec et consorts. Je te fais du produit derrière et de la licence. Soit on s’arrête là et c’est fini, cela reste du service. Je t’ai livré ton algorithme, tu es satisfait et on ne va pas plus loin. Nous sommes plutôt une société de service qui transforme en produit.

Je vais te prendre le cas des bagages abandonnés. Un jour, on se rend dans une grande gare et dans un grand aéroport, et on dit aux gestionnaires : « Voilà, nous faisons de la computer vision, nous sommes les meilleurs, etc… Quel est votre problème principal ? » Leur problème principal, c’est qu’ils ont une enveloppe de 100 millions d’euros par an parce qu’il y a tout le temps des colis abandonnés. Interdiction de les toucher, il faut toujours appeler le service de déminage. Le déminage avec un peu de chance est à moins de 30 minutes. Mais 95% du temps, il est toujours à plus de 30 minutes. Donc déjà, on bloque tout pendant une demi-heure. Ensuite, soit il y a des trains ou des avions qu’il faut rerouter. Les avions, on leur dit de libérer cette porte là et d’aller à celle d’à côté. Ils perdent 100 millions à l’année ! Là je me suis dit, j’ai pas une passion sans fin pour les bagages, mais… visiblement il y a du R.O.I à aller chercher.

Donc au début, tu sais que détecter des bagages abandonnés, c’est déjà avoir des algorithmes de reconnaissance des êtres humains et des algorithmes de reconnaissance de bagages. Donc des dataset énormes derrière. À l’heure actuelle, on a quasiment 2 millions de bagages dans notre dataset. Barrière à l’entrée énorme. Impossible d’avoir la même chose. Et ensuite, tracking de l’humain, tracking de l’objet, ré-identification multi-caméra de l’humain, ré-identification multi-caméra de l’objet. Ah merde, on est en France. Ré-identification “non biométrique”. Et ensuite il faut une couche logicielle, donc des règles. “Si humain 1 rentre avec bagage X, alors les 2 sont associés”. “Si humain 1 lâche bagage X, alors en fonction de l’endroit où j’aurais paramétré, en fonction d’un certain temps et d’une certaine distance, j’alerte le PC Sécurité« . Et après dans la vraie vie, ça ne se passe bien sûr jamais comme ça. Il le passe à son fils. Merde ! Donc notion de groupe. Il faut des algorithmes de notion de groupe. Et en fait si tu ne fais pas de la recherche appliquée sur tout ça, vas-y lance toi dans le produit. Tu es mort avant d’être né.

C’est pour ça que la computer vision, et on reboucle avec ma vision, c’est qu’il faut lui apprendre. Un enfant ne naît pas avocat. Il grandit, il apprend à se nourrir, à aimer, à avoir peur, etc. Et ensuite à lire, à parler, et plus tard il devient avocat. Donc si tu veux rendre expert un algorithme, d’abord tu lui apprends à reconnaître des choses normales. C’est quoi un aéroport, une caméra, des humains, et ensuite tu mets des règles d’expertise. Les règles d’expertise, tu peux avoir de bonnes règles dans ton labo ou dans ta salle de démonstration, mais après quand tu arrives dans la vraie vie, il y a toujours plein de choses à adapter. C’est ce truc là que je prône.

Donc service au départ pour cadrer et faire évoluer le use-case, pour faire en sorte que ça colle avec la réalité du cas, et ensuite produit.

Pour moi c’est primordial. Sinon, et on le voit sur des choses particulières, on bosse, on retravaille nos data, on fait de l’augmentation de données, on change de données, on change d’angle d’approche, etc… Un produit qui est tout calibré pour te sortir un algorithme qui fonctionne à peu près à la fin, déjà tu reprends des logiciels de plateformes qui existent online. Comme Google, IBM Watson, ou autre, c’est bien. C’est bien fait. Mais vas-y, va sur Watson, sur IA Vision, voilà pour entraîner tes modèles. Tu n’as pas besoin de beaucoup d’images. Ça reconnaît derrière mais tu ne peux bounding-boxer qu’un seul item par image. 

C’est bien pour faire de la démo mais pas pour la production ?

C’est Fisher-Price ! Quand on était petit, on achetait des Duplo. Ensuite tu as eu les Lego. Ensuite, les Meccano. Et ensuite, tu as une vraie voiture. Je pense qu’aujourd’hui, tu veux faire des produits en computer vision, bien sûr il va y avoir des use-cases. Et tout de suite cela va fonctionner. Mais je pense que cela va aussi vite s’essouffler quand la computer vision va vraiment descendre en profondeur. Et que l’on va mieux comprendre encore comment on fonctionne. C’est pour ça que je dis que ces plateformes là, c’est bien, mais je les trouve à la fois en avance et en retard. Ils sont en avance sur le fait d’avoir créé un produit qui peut être repris par n’importe qui et créer une approche algorithmique. Là, tu es content quand tu veux faire du comptage dans ton bureau de poste. Mais après quand tu veux vraiment aller chercher du R.O.I et qu’il faut travailler sur des cas compliqués, le produit bégaye. À ce moment-là, il faut plus d’ingénieurs, d’algorithmes, d’expériences, de fine-tuning. Je veux bien que les fonds de capital risque disent « il faut faire un produit, il faut tunneliser, il faut verticaliser, il faut y aller, go focus !« . Mais ce n’est pas comme ça que je peux solutionner les problématiques de mes clients. Et je parle justement avec d’autres acteurs qui font de la vision, et qui reconnaissent faire plus de service que de produit. Et ça me semble logique. Ils vont avoir des use-cases qui vont sortir pour lesquels le produit est efficace, mais je ne pense pas que ce soit la majorité à ce stade.

Quelques exemples d’algorithmes de reconnaissance développés par XXII.

Si on reprend mon algorithme des bagages abandonnés, il marche à 75%. C’est déjà énorme parce que ça permet de lever le doute et de passer le relais à l’humain qui n’est pas obligé de regarder les 1000 caméras en permanence. Bip ! Ça sonne lui, ah bah non il n’est pas loin en fait, OK. 

On se retrouve face à ce type d’architecture aujourd’hui. Tu construis une gare, un aéroport ou une ville. Et tu veux un réseau de 500 ou de 1000 caméras. Il faut que tu appelles 2 ou 3 boites. Genetec en est une, qui a 80% du marché. De l’aéroport d’Abou Dabi à Hong-Kong, Paris, à la ville de Suresnes. Tout le monde fait appel à Genetec. Ils font quasiment 30 milliards de CA. Ils ont toute l’hypervision. Ils ne fabriquent pas les caméras mais ils ont le système hyperviseur. Ils agrègent tous les flux vidéos des caméras d’un réseau pour en faire un mur d’images. Le cerveau du dispositif. Mais le cerveau aujourd’hui, il manque d’intelligence. Et il est déjà en place dans beaucoup de gares, d’aéroports et de villes. Donc moi, j’ai un algorithme qui marche, qu’est-ce que je fais ? « Coucou, j’ai un algorithme de bagage abandonné, appelez tel client et tel client qu’on a en commun, ils sont contents de ce qu’on fait pour eux. Et en plus, c’est possible pour nous de l’intégrer dans vos systèmes, on l’a déjà fait. Est-ce que c’est possible alors de mettre nos algos chez vous, de licencier, et vous touchez des fees et nous aussi ? » Bah oui, grave. J’ai déjà 50 algorithmes sur étagère, comment on peut faire pour les intégrer ? Et c’est ce qui va me faire du récurrent. Le client à Abou Dabi, il va sur son store, il test mon algorithme et il peut l’intégrer tout seul. Et hop, 50€ par mois par caméra, et c’est parti. C’est la stratégie.

C’est clair que c’est intéressant. Est-ce que les personnes chez Genetec ont tout de suite été réceptives à ton discours ? Je fais notamment référence à une interview précédente, celle de Laura. Elle nous faisait part de son expérience. De gros acteurs qui font barrière à l’entrée des plus petits. Ils veulent se garder l’exclusivité du business pour eux, quitte à proposer quelque chose de similaire sur le papier, mais en réalité bricolé et moins performant.

Nous n’avons pas eu de souci. Après, nous étions recommandé par un très gros client à nous, qui nous fait confiance, qui nous prend déjà des licences. Et ce serait plus simple pour eux que l’on soit intégré. Donc plus simple pour tout le monde. D’un coup, nous avons eu une touche à Hong-Kong, une à Seattle, une à Dubaï. Et là tu te dis, ok… Ça peut être démentiel le truc. On resterait XXII la boite de recherche appliquée, qui crée des produits, et le tunnel produit après il est simple. Je travaille avec tous les clients que j’aime, et une fois que j’ai fait un algorithme qui est efficace, je le soumets sur le store online, et là tout le monde peut l’utiliser. Tu fais un truc que tu aimes, et tu industrialises ! Normalement, c’est le sens de l’histoire. Et c’est ce que je vends à tout le monde. Tous les fonds et tout ça, ils ne prennent pas.

Je discutais récemment avec un de vos concurrents. Ils ont travaillé sur un très beau cas en computer vision, pour un de leur client, mais ce dernier leur a dit “Très bien, nous développons la solution ensemble, par contre l’usage est exclusif”. 

Oui… c’est une erreur business.

Et toi justement, tu n’as pas trop de mal à convaincre tes clients de pouvoir garder la main sur l’exploitation des travaux que vous réalisez ensemble ?

Non. Parce qu’en fait, je n’arrive pas à décorréler le business de l’humain. Je passe beaucoup de temps à échanger avec des clients, pas par intérêt mais parce que ça me plaît. Et indirectement, ça sert dans le business, et donc à la conclusion de deals gagnant-gagnant. Mais il y a beaucoup de gens qui ne le comprennent pas. Il y en a plein qui instrumentalisent ça, le théorisent, l’entretiennent de manière mécanique. Le CRMise. Mais il faut que ce soit naturel. Et quand des clients viennent nous voir, ils voient déjà qui nous sommes. Notre état d’esprit fait partie de ce qu’on offre. Ils ont envie de travailler avec nous.
« Ok, toi c’est l’argent qui t’intéresse ? Très bien, on fait moitié-moitié alors sur tout ce qu’on revend, on fait comme ça ? » Moi je m’en fous, je veux distribuer. Donc ça va dépendre de ton discours. Il y en a qui ont fait des écoles de commerce, qui sont passés par des grosses boites, ils ont architecturé leur business pour qu’ils y gagnent eux. C’est important de défendre son business. Moi j’ai appris différemment. J’ai appris à donner avant même imaginer recevoir.

L’intelligence artificielle et les projets

L’intelligence artificielle ; tu te souviens la première fois que tu en as entendu parler ?

Il y a 2 étapes. La 1ère, quand au tout début de Coyote en 2006, on parlait de B.I. Tout le monde disait “BI, BI, BI”. J’ai demandé : “C’est quoi le BI ? C’est du business intelligence William”. C’est quoi en fait ? « Tu vois toutes les données qu’on possède ? Et bien ça les range, ça les clusterise, et ça en sort de vraies choses. » D’accord, donc quand y a beaucoup, ça simplifie tout et comme ça on peut comprendre. C’est pas mal ce truc ! Gérer de la donnée massive et ensuite simplifier. Et ensuite très vite, j’ai commencé à regarder tout ce qui était big data et compagnie, mais je n’aimais pas trop, je ne sais pas pourquoi. En 2011, je vois Mobileye qui sort un algorithme de reconnaissance des panneaux de limitation de vitesse. Et là, je le test, et en le testant je vois que ça marche très bien. Et je me dis que si on est capable d’apprendre à l’ordinateur notre manière de voir ce monde, alors on peut tout lui apprendre. Et là j’ai eu un choc. Et pour la transition, on avait été interdit en 2011 avec Coyote, et mon objectif était de sortir du “que radar”. Tu vois la suite…

La maturité de l’intelligence artificielle dans les entreprises ; quel regard tu portes dessus ?

La connaissance manque. C’est le dada de ce système. Expertiser et inventer des mots compliqués pour être sûr que les experts restent experts. Et que les autres ne comprennent rien. Et ça m’énerve. Quand tu parles avec des docteurs, des ingénieurs, les mecs ont 15 ans d’études. Ils t’expliquent “Oui alors là il faut faire une descente de gradient par rapport à ça, et…”. OK. Vas-y, reprend avec des mots de teubé. “En fait il faut simplifier l’équation pour qu’à la fin ça soit moins lourd”. Et bien voilà, pourquoi tu ne l’expliques pas comme ça ! Ah d’accord, parce que c’est important de défendre ce qu’on sait…

La connaissance n’est pas loin, sauf que ceux qui l’ont la conservent parce qu’on utilise des mots compliqués. L’I.A c’est merdique, j’aimerais bien que tout le monde le sache. On peut l’expliquer facilement. Quand je suis à Sciences Po ou en rendez-vous clientèle, je fais en sorte de l’expliquer avec des mots simples, et les gens comprennent. Dans les entreprises aujourd’hui, tu te rends comptes que la R&D comprend bien comment ça marche. Que les entreprises qui évoluent dans l’industrie, donc l’habitude des ingés, nouvelles technos etc, eux arrivent bien à l’interpréter. Mais d’autres secteurs comme le retail… c’est plus compliqué. Ils sont dans leur bulle de retailer. Mais je ne pense pas que ce soit leur faute, on les a expertisé là-dessus, isolé sur leurs sujets. Alors on leur explique, mais il faut du temps. C’est pour ça que je suis pessimiste sur le temps. Je dépense beaucoup d’énergie à aller voir plein de gens tout le temps, à expliquer tout ça, et c’est long !

Aujourd’hui c’est un peu ton poste non quelque part ? Evangéliser ?

Oui… mais je n’aime pas trop ce mot. En fait mon poste chez XXII, c’est contrôler que la dynamique reste la même. C’est-à-dire avancer, toujours avancer avec XXII, conquérir, et sur plusieurs fronts. Mon rôle, c’est que ce qu’ils sont tous en train de faire aujourd’hui, c’est quelque chose que j’ai testé l’année dernière. Là tu commences à me voir un peu dans la presse, un peu à Sciences Po donner des cours, à donner des conférences etc… pour que l’année prochaine, ce soit les gens de mon équipe qui puissent être sur ces sujets, et moi sur d’autres sujets. Comme la politique par exemple 😄 Je fonctionne beaucoup comme ça. J’essaie de garder la dynamique que j’ai insufflée l’année passée en mode volumique, et d’aller chercher une nouvelle dynamique qui vient donner encore plus de vélocité. Je contrôle toujours ce qui est trésorerie, recrutement, tout ça, je suis opérationnel dans la boite. Mais 40% de mon temps je vais le consacrer à ce que je veux qu’ils intègrent tous.

Et tout ça vient nourrir aussi le business de la société ; quand tu fais le 20h de TF1, ça vous donne de la visibilité… et donc du potentiel business.

Carrément. J’essaie d’avoir un double intérêt à chaque fois. Un intérêt immédiat pour la boite en terme de business, et un pour moi après pour pouvoir me placer quelque part.

« Le R.O.I là, c’est la vie. »

Vos projets passés ; tu peux me parler de 2 ou 3 projets d’I.A sur lesquels vous avez travaillé, avec le cas business au départ et la solution apportée. Et le R.O.I chiffré.

Premier cas, dans les gares. Le bagage abandonné. Pour une gare, tu peux gagner quasiment entre 1M€ et 3M€ par an. C’est énorme. Pour un aéroport, trois fois plus. Pour une ville, des vies. Parce que des fois, ces colis abandonnés sont des bombes. C’est un projet qui va durer parce qu’il n’est pas fini, on n’est pas à 100%. Il va durer entre 3 et 5 ans, on a commencé dessus il y a un an et demi. Mais nous avons déjà des taux de reconnaissance qui sont hallucinants. Il y a des caméras et des endroits où on obtient du 20%, mais d’autres où on est à 90%. Donc la moyenne étant entre 60 et 75%, c’est magique. Ça marche de mieux en mieux.

Homme avec une valise devant un écran et une caméra.
Bagage abandonné : work in progress !

Ensuite un autre projet, c’est le magasin autonome. C’est fou comme projet. On travaille dessus depuis 1 an, sur du full computer vision. Sans autre capteur. Parce qu’on y croit et qu’on pense que c’est ce qui va gagner à la fin parce que cela coûte moins cher en terme d’investissement.

3ème projet, sauver des vies. Intégrer des algorithmes d’évitement de câbles dans des aéronefs. Pour aider des gens qui aujourd’hui tombent et meurent. Je ne sais pas si tu as entendu dernièrement au Mali. Deux hélicoptères qui se rentrent dedans. Ce cas, avec mes algorithmes, on l’évite. Donc quand tu dis que tu fais des choses qui peuvent sauver des vies humaines, alors fais-le. Fonce ! Le R.O.I là, c’est la vie.

Le cas du magasin autonome : Amazon pour son projet Amazon Go croise avec d’autres types de capteurs c’est bien ça ?

Oui, tu as du poids, du lidar, … c’est de la fusion de données. Et dans le full computer vision, ce qui est intéressant c’est que finalement on s’entraîne à voir qui rentre, achète quoi, ce qu’il repose, ah il donne à son fils, ah il repose encore, ah il prend un autre, pourquoi il a dissimulé ça dans son sac, il revient en arrière, il dissimule sa tête, là il veut sortir donc on le débite.

Explication en cours sur le magasin autonome.

Ce que j’aime par-dessus tout là-dessus c’est que ça respecte la phrase de Jean-Marc. C’est vraiment supprimer les via. Toutes les choses qui font que tu dois t’arrêter à un endroit, sortir ta carte bleue, l’insérer. Ça (NDLR : il montre sa carte bleue) c’est de la technologie ? Non. La technologie, c’est moi. J’arrive, je prends ce que je veux et je sors. Et à l’extrême, cette carte bleue est égale à mon compte bancaire est égale à volume d’argent est égale à position sociale. Je suis moi, c’est ma personne qui paye. C’est encore accroché à de l’argent dans le fond. Mais à terme… Si tu enlèves tous ces systèmes et barrières physiques qui génèrent la représentation virtuelle. Demain si tu rends le physique virtuel, alors tout est virtuel. Et le virtuel, tu peux l’enlever un jour. Il suffit que tu aies un bon comportement et que tu sois classé dans les gens qui soient “des gens qui font pour le peuple”, tu es reconnu comme ça et tu as accès partout à la vie finalement ! Tout ça pour dire que je me complais dans des endroits où il faut péter des barrières pour faire gagner du temps de cerveau. Ça j’adore. Tu n’attends plus une demi-heure à la caisse, tu pars et tu vas profiter de ton fils.

Présentation Amazon Go

Les difficultés rencontrées dans vos projets, hors technique ? Je pense à l’humain, l’organisationnel…

Il faut savoir vendre déjà, considérer le temps que cela va mettre. Car il y a toujours plusieurs itérations. Une bonne relation entre le commerce et la R&D. Ce qui n’existait pas avant ! C’est quelque chose de très compliqué de faire parler un docteur avec un mec qui aime les Rolex. Et ensuite, une fois que ça a commencé à se mettre en place, il faut fluidifier les process. Oui au début tu développes, il y en a pour 2 semaines. Mais en fait cela dure plus longtemps, donc tu te retrouves à avoir vendu 20k€ un projet qui te coûte déjà 50k€. Du coup, tu remets un peu les choses dans le bon sens. Tu prends une personne qui sait organiser les projets, tu mets un peu d’Agile et de SCRUM, tu fais ressortir des indicateurs, mais c’est encore pareil… Ah oui, ce truc rouge là on ne l’avait pas en haut de l’image, donc les résultats ne sont pas bons. Merde, il faut prévenir le client, c’est le bordel…

Pourquoi ? Parce que c’est nouveau, c’est de la R&D, et c’est pareil dans la communication avec les clients. Ils achètent un truc qu’ils ne palpent pas et qu’ils ne comprennent pas. Donc il faut énormément les rassurer. Dès qu’il y a un sujet qui déraille un peu, qu’il n’y a pas de résultat tout de suite, que la date de sortie est décalée, ça ne va pas ! Oui, mais là tu n’achètes pas une voiture, tu achètes un projet de R&D inédit que seules 5 personnes dans le monde savent développer. C’est des mathématiques réalisées par un mec qui a étudié pendant 15 ans. Et le pricing, on est sur un marché inexistant. Comment tu établis tes prix. Pourtant, on paye des gens 100k€, 150k€ parce qu’ils ont fait 15 ans d’études. Et à côté de ça quand tu annonces un TJM de 1000€, le client pète un plomb. J’ai envie de dire, le mec là il a un doctorat en physique et en mathématiques appliquées. “Non mais moi je veux juste que ça détecte mes avions hein” OK, d’accord… Pas de chance, tu es né au mauvais moment, tu aurais dû naitre dans 50 ans tu aurais été peinard ! Et après tu fais ton projet ça marche à 100% en salle de démo, puis tu vas en production sur le terrain et tu es à 10%. Il faut comprendre pourquoi.

Tu as un exemple de cas que vous n’aviez pas du tout prévu ?

On a un client qui nous prend un algorithme. Il ne faut pas qu’on puisse pénétrer sur des voies de chemin de fer, sauf les agents. Les agents ont des gilets, on apprend les agents à l’algorithme. Et un jour le client nous appelle “C’est nul votre algo ça n’arrête pas de sonner depuis une demi-heure ! Il y a 272 détections !” Oh merde… Donc tous les usagers sont sur les voies ? “Non justement il n’y a personne !”. Alors on regarde le truc. Et en fait il y a un TGV arrêté à quai. Le soleil n’est pas comme d’habitude. Plein de monde sur le quai. Les rayons se reflètent dans les vitres, et l’algo dit que les vitres c’est la voie. Et donc il voit des têtes dans les vitres, et il remonte qu’il y a 272 personnes sur la voie… qui sont en fait les personnes sur le quai. Donc on a dû apprendre à l’algorithme à reconnaître le train, et à ne pas alerter dans ce cas. Mais du coup, cela rajoute plein d’itérations. Et ce cas tu ne peux l’avoir que quand tu passes de ta salle de démo au terrain. Tu as le jour où tu installes ton dispositif, et dans les trois semaines qui suivent tu as souvent quelques soucis, le besoin d’ajuster. Mais dans ce cas c’est arrivé très tard, des semaines après, parce que la configuration était unique.

L’équipe de XXII.

L’instant RH

Pour terminer, on passe maintenant à l’instant RH. Vous êtes donc 57 aujourd’hui chez XXII, c’est quoi les plans pour la suite ?

On attend plus 25 personnes là. On recrute de tout, tu as toutes les offres sur Welcome To The Jungle. Du DevOps, de l’architecte, du docteur, de l’ingénieur, du business developer.

Les avantages à travailler chez XXII ?

C’est un vrai kiff ! On invente le monde, on est en train de changer le système, on est en train d’intégrer des technos de pointe à des industries actuelles. On diffuse du savoir, on partage, on donne. C’est l’effervescence générale. Il n’y a que des passionnés ici. Tout le monde est rapide et efficace, et ça va dans le bon sens. C’est une boite qui va bien aujourd’hui ! Et je suis content 😉

Merci pour ton temps William, et bonne continuation avec XXII !

Hugo Le Guennec

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